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vendredi 7 novembre 2008

Quelques fondements de la solidarité libérale - par Jean-Paul Oury

Voici ici l'excellence d'un post de Jean Paul Oury, à découvrir, voire à débattre sur blog.Lien en cliquant le titre.

"Le libéralisme c'est (pas) chacun pour sa gueule" ardisson

"Maintenant c'est le libéralisme, c'est chacun pour sa gueule".
C'est par cette célèbre phrase que l'animateur Thierry Ardisson concluait souvent ses quizz musicaux, signifiant ainsi que tous les coups sont permis pour l'emporter. Sortant d'une réunion de préparation pour les Européennes sur la thématique de solidarité et libéralisme et ayant un peu ferraillé avec le blogueur Koz, je constate que les libéraux ont encore du travail pour casser cette image qui leur colle à la peau : les libéraux seraient de méchants individualistes qui ne penseraient qu'à eux. Il existe des tonnes de littérature et de posts qui expliquent le contraire, mais rien ne fait: les anti-libéraux continuent d'affirmer qu'être libéral c'est mépriser autrui. Comment expliquer alors qu'il y ait si peu de libéraux et autant d'égoïstes sur terre ? Trève de plaisanterie, il convient de revenir sur quelques contre-sens:
- Privilégier l'individu par rapport au groupe c'est mettre tout en oeuvre pour que ce dernier puisse s'exprimer et s'épanouir au sein de la société. C'est ce que réclame une politique libérale et cela n'a absolument rien à avoir avec l'égoïsme.
- Etant donné que le libéralisme authentique rend indissociable liberté et responsabilité et que le principe de base est "ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui", il est clair que seuls des individus libres et responsables peuvent prendre en considération autrui dans leurs actions quotidiennes. Le libéral n'est pas celui qui allume son cigare dans un avion et qui dit à ceux qui ne sont pas contents de descendre. Des individus déresponsabilisés agissent en aveugle
- c'est l'exemple de l'agent subalterne qui plutôt que de venir en aide à celui qui a besoin d'aide, lui explique qu'il ne peut rien faire sans demander à sa hiérarchie
- et se contentent de circonscrire leurs actions dans un cadre qui leur a été fixé.
- Enfin, on entend souvent dire que seul l'Etat peut avoir une politique sociale en pratiquant la redistribution. Et c'est bien là notre malheur. Nous pensons nous défaire de nos devoirs de prendre en considération autrui, en remettant nos obligations à un grand "On colllectif", on devient incapable de mettre en place des actions de solidarité.
Pour rappel, une politique libérale favorise le développement de toutes les structures qui impliquent une forme de solidarité : syndicats, associations, fondations, clubs... La solidarité sera donc un thème essentielle de la campagne d'AL pour les Européennes.
Par Jean-Paul Oury

http://jean-paul-oury.neufblog.com/jeanpauloury/2008/10/le-libralisme-c.html

lundi 6 octobre 2008

Spécial Crise

Source: Un monde libre ( cliquez sur le titre pour lire l'ensemble de ce post)


Le fait que la crise financière actuelle soit montrée systématiquement et uniquement comme une crise du système capitaliste libéral nous pousse à créer cette rubrique pour que nos lecteurs puissent s'informer sur ce qu'on "ne dit pas". La sphère politique est en effet présentée comme venant sauver de manière providentielle un système de marché devenu fou parce que dérégulé. La réalité est très loin de ce mythe qui satisfait les nostalgiques du grand soir, les nationalistes mais aussi les adeptes du "pragmatisme". Pour résumer : oui la finance a agi de manière irresponsable, mais sans doute parce que c'est le politique qui a impulsé cette déresponsabilisation avec:


- La politique monétaire américaine (pas le "marché" donc) d'argent bon marché avec des taux très bas trop longtemps (puis de resserrement rapide des taux) et les dirigeants de la Fed qui disaient assurer la casse en cas d'éclatement de bulle.


- La politique sociale à travers les organismes mandatés tels que Fannie Mae, à l'origine de la crise - au printemps dernier des représentants démocrates au Congrès demandaient qu'il y ait une politique encore plus risquée de garantie de prêts hypothécaires de la part de ces organismes, pour "stimuler l'accès à la propriété".

Vous pouvez consulter les brèves et les articles suivants sur notre site:

Sociétés à irresponsabilité illimitée par Emmanuel Martin et Nouh El Harmouzi.

Fannie Mae et Freddie Mac : les déboires du capitalisme d'Etat par Gerald O'Driscoll.

Par ailleurs il existe des analyses sur des sites francophones :

par Vincent Benard :

Crise des subprimes : essai sur la réforme des régulations bancaires

Crise des subprimes(tribune dans Le Figaro)

Crise des subprimes, un désastre engendré par l'Etat

par Charles de Smet

La crise financière : un prétexte au retour de l'Etat ?

Par jacques Garello:

Un peu d'histoire

Autodestruction du capitalisme

Crise : le prix de l'irresponsabilité

Et pour ceux qui lisent l'anglais, nous vous conseillons vivement sur le site du Cato institutedont les spécialistes prédisent depuis fort longtemps la crise et en donnent les raisons fondemantales :

Subprime Monetary Policy, Gerald P. O'Driscoll Jr., The Freeman. (un article ancien mais qui résume tout à fait la situation et le scauses de la crise actuelle)

The Big Bailout — What Next?, Warren Coats.

Improving the Rescue Plan, William Poole, Orange County Register.

The Bailout's Essential Brazenness, Jay Cochran.

Mislead, Daniel J. Mitchell, National Review (Online).

Lies or Ignorance?, Richard W. Rahn, Washington Times.

Bank Loans Have Not 'Dried Up', Alan Reynolds, Forbes.

The Perfect Financial Storm, Jagadeesh Gokhale, Cato.org.

Lehman Brothers and Bear Stearns: What's the Difference?, Peter Van Doren.
Surprised by the Obvious, Richard W. Rahn, Washington Times.

Why Bailouts Scare Stocks, Alan Reynolds, New York Post.

Bailout-Mania, Jagadeesh Gokhale and Kent Smetters, Forbes.com.

What Price Stability?, James A. Dorn, South China Morning Post.

Too Few Regulations? No, Just Ineffective Ones, Tyler Cowen, New

Washington Is Quietly Repudiating Its Debts, Gerald P. O'Driscoll Jr., The Wall Street Journal.York Times Upfront.

Too Big to Fail, or to Survive, William Poole, The New York Times.

The Fed Plays With Fire, Steve H. Hanke, Forbes.

Treasury's Thieves, Gerald P. O'Driscoll Jr., New York Post.

Fannie Mae and Freddie Mac Should Be Cut Down and Cut Loose, Alan Reynolds, U.S. News & World Report.

End the Mortgage Duopoly, Gerald P. O'Driscoll Jr., The Wall Street Journal.

Greenspan's Bubbles, Steve H. Hanke, FinanceAsia.

Blame the Fed, Gerald P. O'Driscoll Jr., Reason.

At the Fed, Nothing Succeeds Like Failure, George A. Selgin.

Panic Time at the Fed, Steve H. Hanke, Forbes.

The Fed Does Right, Alan Reynolds, New York Post.

mardi 4 mars 2008

Les interviews d'Aurélien et Sabine (ici Sabine en intégralité, vous pourrez toujours cliquer sur celle d'Aurélien)

Sabine HeroldAprès l’interview d’Aurélien Véron, j’ai le plaisir de vous présenter l’interview de Sabine Herold, candidate pour être présidente d’Alternative Libérale. Elle a gentiment accepté de répondre à mes questions (par écrit), et je publie donc cette interview inédite en espérant qu’elle vous intéressera. Il est à noter qu’Aurélien Véron et Sabine Herold sont les porteurs des deux listes en concurrence pour la présidence d’AL.



Peux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours (personnel, professionnel, politique) ?

Je suis née à Reims. Mes parents sont professeurs au collège et en IUT. Je suis montée à Paris, après le Lycée, pour poursuivre mes études à Sciences Po, puis à HEC. Je travaille aujourd’hui dans le financement de petites entreprises en forte croissance : je les aide à convaincre des fonds d’investissement de leur apporter les capitaux nécessaires à leur développement. J’ai le sentiment, ainsi, de me rendre utile : accompagner des porteurs de projet, souvent géniaux, est une expérience formidable. Et je crois, utile pour tous : toutes les grandes idées doivent, à un moment donné, rencontrer l’argent de la confiance. C’est un métier qui me réjouit profondément.

En parallèle à ce parcours universitaire puis professionnel, j’ai très tôt commencé à militer, éclairée par quelques lectures fondamentales : Hayek était la première d’entre elle, pour une société de liberté. D’abord dans l’association Liberté Chérie, puis dans Alternative Libérale. Mon premier rôle dans Liberté Chérie a été de développer notre réseau international. J’ai participé, lors d’un passage à HongKong, à plusieurs manifestations contre la tentative de main mise de Pékin sur la loi fondamentale, la constitution plutôt libérale de la ville de HongKong. Ça m’a valu une photo dans la presse locale et, heureusement, pas plus de complications que cela ! En rentrant à Paris, j’ai contribué au développement de nos réseaux outre atlantique, avec les think tanks : les alliés que j’ai trouvés pour soutenir notre cause en France à l’époque sont toujours nos partenaires. C’est grâce à eux que j’ai pu connaître, il y a quelques mois, Muhamad Yunus, le génial promoteur du Micro Crédit, patron de la Grameen Bank. Un modèle inspirant…

Liberté Chérie a connu un tournant militant en 2003, que j’ai retracé dans l’ouvrage “Liberté, Liberté Chérie” paru en 2003 aux éditions Les Belles Lettres. Nous sommes devenus une association d’agit prop, après deux premières années d’existence, et une de nos premières actions, la grande manifestation de 2003 pour les réformes, contre les blocages, en pleine grève contre la réforme des retraites, a rassemblé 80 000 personnes place de la Concorde. Je suis devenue, à cette occasion, une porte parole de notre mouvement.

Nous avons poursuivi l’action les années qui suivirent, et qui débouchèrent assez naturellement sur la création d’un parti politique libéral : Alternative Libérale. Avec une volonté, sortir des clichés et restaurer la parole libérale dans toutes ses dimensions : lutte contre l’arbitraire, pour la réforme des institutions, pour la libre circulation et la liberté d’expression, au moins autant que pour la libéralisation de notre économie, la fin des statuts, la baisse des charges.

Dans AL, je suis connue pour mon rôle de porte parole, mais j’ai contribué à l’organisation de ce parti : lors de sa constitution, j’ai rencontré des centaines de militants libéraux, à Paris, groupe par groupe, pour les convaincre de rejoindre le nouveau parti. J’ai contribué à la rédaction de notre livre programme, dont je suis co-auteur (le Manifeste des Alter Libéraux, Michalon, 2007). Puis j’ai été candidate dans le XVIème, où j’ai réalisé le meilleur score parisien d’AL. Un score qui n’est, j’en suis certaine, qu’un modeste début !

Après toutes ces années de débat, d’organisation, d’action, je pense pouvoir assurer la direction de ce jeune parti et lui donner toute la force et la visibilité dont il a besoin pour faire entrer ses premiers députés au Parlement Européen, puis à l’Assemblée Nationale, respectivement en 2009 et 2012.

Pascal Salin définit dans son livre “Libéralisme”, un libéralisme humaniste et un libéralisme pragmatique (ou utilitariste, qui met une dose de libéralisme quand ça l’arrange, et maintient la contrainte étatique quand ça l’arrange), pour montrer que seul le libéralisme humaniste est cohérent, dans un souci de ne plus utiliser la contrainte comme moyen d’échange. Quelle est ta position sur ce point ?

On aurait tort d’opposer libéralisme et humanisme. Toute notre philosophie politique repose sur la conviction que la personne est par défaut responsable, consciente de ses actes, capable d’assumer ses choix. En conséquence de quoi nous pensons que plus la société tend à collectiviser les décisions, à retirer aux individus leur responsabilité naturelle, plus elle se déshumanise : les comportements de chacun deviennent irrationnels, insensés, et finalement contre-productifs pour l’épanouissement de l’individu.

Les conservateurs de droite disent, au fond, la même chose que les conservateurs de gauche. Ils disent : les pauvres, les exclus, les plus démunis, doivent être « pris en charge » par la société. Ils confondent le coup de main naturel d’une société à ceux qui n’ont pas de chance, n’ont pas trouvé leur voie, avec une société qui serait a priori prévue pour nier à des catégories entières le sens des responsabilités, au nom de la bonne « morale » et de l’entraide. Immanquablement, ils proposent de « jeter » de l’argent sur les problèmes sociaux, économiques, comme si cela pouvait les résoudre. Ils refusent de voir que la solution se trouve en chacun et qu’il convient d’aider en cas de crise, mais pas de nier la responsabilité qui fait qu’un homme reste un homme.

Là où le système devient vicié, c’est quand il légitime son autorité, donc la contrainte, sur la morale et la nécessité d’aider. C’est le sens du « modèle social » qui en réalité est devenu une machine à détruire de l’emploi et des richesses de notre pays. On maintient des pans entiers de la population en deçà du seuil de pauvreté en refusant de réviser le fondement économique de ce modèle, sous prétexte de solidarité.

Cette fausse solidarité fait le lit de l’Etat collectiviste tout puissant, renforce le pouvoir de ceux qui décident et imposent leur loi. En réalité, on travaille avec ce modèle social à la perpétuation du système de pouvoir Français, cette nomenklatura de la Vème République, dont Mitterrand, Chirac, Sarkozy sont tous des héritiers : leur seule différence de fond est leur rivalité personnelle dans la lutte pour le pouvoir, pas leur programme politique.

Oui, Pascal Salin a raison de rappeler qu’on n’est pas libéral parce que le libéralisme est « efficace », mais d’abord parce qu’il est fondé sur un idéal de justice, d’égalité des droits et des devoirs. Et que la justice, à moyen et long terme, est aussi la meilleure garante de l’efficacité.

En revanche, je me garderai de résumer le libéralisme à un économisme. Le libéralisme est un ensemble de valeurs culturelles, sociales, qui trouvent une partie de leur transcription dans la réflexion sur le fonctionnement du marché. En revanche, résumer le libéralisme au fonctionnement économique du marché serait une grave erreur : le combat juridique et institutionnel est largement prioritaire – l’économie libérale en découle mais ne le présuppose pas.

N’y a t-il pas un paradoxe à vouloir être élu quand on est libéral ? Puisque le libéralisme dénonce dans une large mesure la contrainte étatique, et l’intrusion des pouvoirs publics dans les affaires privées…

Au contraire, les libéraux devraient être les premiers à jouer le jeu de la démocratie ! Ils ont largement contribué à l’inventer. Nous sommes les véritables héritiers des valeurs des lumières : contre l’arbitraire, pour les droits de la minorité, pour l’habeas corpus, pour la liberté d’expression, qui sont des combats d’une modernité étonnante, malheureusement, quand on considère la façon dont notre président traite les institutions de contrôle de ce pays (le Conseil Constitutionnel notamment), la lutte absurde menée contre les immigrés en France, les limites toujours plus nombreuses posées à la liberté d’expression par quelques fous de dieu, parfois relayées par des politiques communautaristes au mauvais sens du terme.

Dès lors, il faut défendre nos valeurs : comme Frédéric Bastiat, grand libéral du 19ème siècle, utilisons les élections comme autant de tribunes pour partager nos analyses avec l’opinion et recueillir un soutien toujours plus large.

Beaucoup de grandes démocratie ont des partis libéraux forts et installés de longue date, défiant autant les conservateurs de droite que de gauche. Donnons à la France un parti libéral !

Le contexte français, avec un Etat très fort et très présent, semble très défavorable aux libéraux : si on cumule le nombre de fonctionnaires, au nombre de ceux qui récupèrent de l’argent de la redistribution étatique, cela fait tout de même beaucoup de potentiels opposants à des réformes vraiment libérales. Comment comptez-vous convaincre les français de voter pour vous ?

Bien évidemment, le problème de la France est la complexité du changement. Comment expliquer à votre épouse, à votre mari, quand vous êtes un fonctionnaire chargé de famille, que vous avez décidé de « quitter » la fonction publique et sa sacro sainte sécurité de l’emploi, même si l’Etat, votre employeur, vous traite mal, vous paye mal, ne vous offre aucune perspective de carrière, ne vous encourage jamais (ce qui est le cas, l’Etat est un employeur épouvantable) ?

En outre, les fonctionnaires ont le sentiment d’être des cibles. Ils n’ont pas l’intention de se laisser traîner dans la boue. Comment ne pas comprendre ces mécanismes humains, moi qui suis issue d’une famille où presque tous sont fonctionnaires ?

Notre stratégie est de proposer la négociation : racheter les avantages acquis aux fonctionnaires en place est la seule solution raisonnable, sur la base du volontariat, pour sortir du statut de la fonction publique. Ce statut, ces grilles de salaires rigides, ces règles d’un autre âge, ne correspond plus à rien. Le Portugal et l’Italie, qui disposaient d’un système analogue, ont voté sa suppression. Plus de statuts pour les nouveaux entrants dans la fonction publique, bien entendu : nous proposons sa suppression. Une telle réforme prendra peut être 10 années, mais elle est fondamentale.

Mais il ne faut pas oublier que la fonction publique, ce n’est pas seulement la fonction publique d’Etat : les collectivités locales agissent aujourd’hui de façon irresponsables en recrutant à tour de bras, dans des emplois souvent peu intéressant, mal payés et peu formateurs, voire précaires ! 500 000 fonctionnaires en plus en dix années : le service public s’est-il, de façon générale, drastiquement amélioré pour autant ? 1 actif sur 4 fonctionnaire, ça ne peut plus durer.

De façon générale, nous appliquons à notre méthode de réforme des modèles sociaux français la même logique que celle que nous désirons pour nos semblables : le libre choix et l’opt out / opt in. Toutes les réformes doivent être progressives, négociées : France Telecom est pour nous un cas d’école. Le monopole est tombé et les Français ont eu le choix. Ils ont préféré pour beaucoup quitter France Telecom. En revanche, cela n’a pas été le cas pour l’électricité, parce que l’offre privée n’était pas satisfaisante (pour l’heure) et les Français l’ont perçu.

Nous sommes responsables : rendons les Français responsables face aux évolutions de notre société ! Ne le leur imposons pas mais rendons-les partenaires des réformes.

Peut être allez vous trouver mon attachement à l’esprit des lumières un peu naïf, mais j’ai confiance que des réformes nécessaires, installées par une méthode raisonnable et progressive, auront gain de cause largement dans l’opinion publique.

Je suis d’accord avec les fondements philosophiques du libéralisme. Une seule question me turlupine : le libéralisme défend un droit strict à la propriété privée (propriété de soi, propriété du fruit de son travail, etc…). Un enfant battu et détruit par sa famille doit-il être considéré comme nécessitant une protection particulière, à ce titre ? Qui est responsable d’un enfant de 6 ans ? Qui organisera son “sauvetage”, le cas échéant ?

Le responsable d’un enfant de six ans, ce sont ses parents. Et je considère que la famille, entendue au sens large : personne ou groupe de personne ayant la charge d’un enfant, est le cocon de toutes les libertés. Je n’ai pas une vision forcément arrêtée de ce qu’est une famille (une mère célibataire peut être une famille) : en revanche, je sais que la famille, c’est ce qu’il faut souhaiter à tout individu au début de sa vie. C’est pendant cette période de la vie où les enfants sont sous la tutelle des adultes acquièrent les repères nécessaires à leur évolution, à leur compréhension du monde. C’est là qu’ils reçoivent les valeurs qui leur permettront, plus tard, d’agir en adultes responsables.

Je suis complètement opposée aux utopies totalitaires où la famille est présentée comme le creuset bourgeois de la haine de classe. La famille, au contraire, émancipe l’individu, à condition bien entendu qu’elle respecte elle aussi en son sein, et vis-à-vis des enfants à sa charge, des règles imprescriptibles : assistance médicale, respect de l’intégrité de l’enfant, etc.

Mais être responsable d’autrui, quand on est parent, ne signifie évidemment pas avoir tous les droits sur autrui : cela tombe sous le sens. Un enfant a évidemment des droits comme le respect de son intégrité physique et morale. La justice et les services sociaux ont évidemment un rôle essentiel à jouer pour les faire respecter.

Une société libérale autorise toute forme d’association libre entre personnes. Une société libérale permet donc la mise en place d’Ecole Coranique. Penses-tu que ce soit une faiblesse du libéralisme, que de permettre l’établissement de ceux qui - éventuellement - prônent l’inverse ?

Il y a deux niveaux dans votre question : la liberté de conscience (les écoles), et la question du « doit on laisser parler et s’établir tout le monde ».

A la seconde question, je répondrai que les bonnes et les mauvaises idées doivent circuler librement. Ne faisons pas l’erreur de laisser vivre les démons en les oubliant dans les caves de la société : combattons-les au grand air avec des arguments solides, électeur après électeur. Et nous gagnerons, soyez en sûr.Pourquoi : parce que les bonnes idées finissent par l’emporter sur les mauvaises dans le cadre d’un combat « à la loyale ». Les monstres ont toujours triomphé dans les périodes sombres de l’histoire, où le débat était manipulé, biaisé, incomplet. Ne faisons pas l’erreur de laisser vivre les démons en les oubliant dans les caves de la société : exposons-les au grand air, examinons-les, combattons-les avec des arguments solides, électeur après électeur. Et nous gagnerons, soyez en sûr.

A la première question, je répondrai que chaque culte a le droit le plus naturel de construire des bâtiments pour rassembler ses fidèles et pratiquer. Je suis une grande supportrice de la liberté de conscience. Il en va de même pour les écoles confessionnelles. Mais comme dans le cas cité à la précédente question, l’Etat doit avoir un rôle de contrôle, en particulier en ce qui concerne les programmes scolaires (il n’est pas acceptable que des jeunes filles soient exclues des cours de sport ou de biologie par exemple).

Quelles sont, pour toi, les champs d’action légitimes de l’Etat ?

L’Etat a quelques champs d’action où son rôle est absolument essentiel, fondateur pour notre société.

Par ordre de priorité, je dirai que la Justice est probablement l’activité régalienne la plus stratégique. Elle garantit la confiance, l’état de droit, la protection de nos libertés. Le traitement de la justice en France, mal payée, négligée, est un scandale permanent en France.

En second, la sécurité : l’Etat a le devoir de garantir notre sécurité, sous la houlette de la Justice. Une société sans sécurité n’existe pas : c’est un état de barbarie. Là encore, l’Etat échoue plutôt à assumer cette mission fondatrice.

En troisième lieu, l’Etat a pour moi la mission d’être le filet de sécurité de toutes et de tous. Cela ne saurait être confondu avec cette fausse solidarité organisé par lui via le truchement de soi-disant “organismes sociaux”, en réalité une autre façon de prélever charges et impôts. Je pense plutôt à ce dernier filet qui fait que, quand la charité privée a échoué a prendre en charge une personne, un malade, une situation, la collectivité est toujours là pour la remettre debout. Il me semble qu’une société qui ne donnerait pas cette mission là à son Etat serait inhumaine. La dignité de la personne doit être garantie.

Enfin, et de manière plus générale, l’Etat doit avoir davantage un rôle de garant des règles, de contrôleur, et moins d’acteur. L’Etat doit avoir pour rôle de contrôler (ou faire contrôler) que les avions qui volent sur notre territoire sont dans un de sécurité nécessaire, pas de faire lui-même voler des avions : tout le monde trouve cela aujourd’hui normal. Cela doit être la même chose dans de très nombreux autres domaines comme la santé, les transports ou encore l’éducation (il faut simplifier l’ouverture d’établissements scolaires privés, autonomes dans leur fonctionnement et leurs méthodes, mais contrôlés sur leurs résultats).

Peux tu nous éclairer sur les remous internes au sein d’Alternative Libérale en ce moment ? Quels sont les enjeux ?

Alternative Libérale existe depuis un peu plus d’une année. Nous y travaillons depuis deux années presque désormais. Le Parti s’est largement fait connaît et dispose désormais d’une certaine notoriété. Dans le contexte politique actuel, nous marquons des points et recevons des soutiens chaque jour plus nombreux, en raison de l’abandon des réformes par le gouvernement sortant.

Cette croissance et cette belle marque suscitent un vrai débat, de fond, sur nos orientations. En octobre dernier une liste « consensuelle » a été choisir pour diriger le mouvement. Cela n’a pas duré, évidemment. Deux projets sont en lice : celui d’Aurélien Veron consiste à positionner AL à droite, “au centre droit” dit-il pudiquement, ce qui revient au même. Il pense que nous devons revenir dans le giron de feu Démocratie Libérale, en « soutien critique » du gouvernement, à la recherche d’alliances avec tous les partis de la droite. Evidemment, il fait preuve de prudence en s’exprimant et agit avec pudeur, pour convaincre. Mais ses quelques mois de direction ne laissent que peu de doutes sur ses intentions : discussions systématiques avec le Nouveau Centre, parti inféodée à Sarkozy, et alliance surprise dans le 2ème sans prévenir le bureau sortant, refonte de notre programme (plusieurs questions “sociales” le dérangent), refonte de notre site pour une comm’ plus « bleu horizon ». Il a d’ailleurs réussi l’exploit de s’aliéner tous les anciens dirigeants du bureau, qu’il avait pourtant choisis au début de son mandat.

Mon projet est tout à fait différent. Je souhaite qu’AL reste un parti libre, contre tous les conservateurs, de droite et de gauche. Nous sommes une troisième voie de la vie politique française.

Il s’agit de marteler cette indépendance et de refuser d’aller à la course aux alliances précoces qui tueraient dans l’œuf ce que nous avons fait de ce mouvement : un mouvement libéral ouvert à tous, prêt à discuter sur la base de son programme, mais pas un parti croupion satellite de l’UMP.

Tu te présentes aux élections municipales dans le 16ème arrondissement de Paris. Ton programme est accessible sur ton blog, je ne reviens pas dessus. Si tu n’arrives pas au second tour, penses-tu soutenir le candidat le plus “libéral” dans ceux restant, ou bien te retirer purement et simplement des débats du second tour ?

Je ne serai pas candidate aux élections municipales à Paris, car j’estime qu’une telle candidature n’aurait eu de sens que dans le cadre d’un « pack » de listes AL sur Paris, au moins 3 ou 4, avec un programme fédérateur pour notre ville. Programme qui aurait été, en l’occurrence, la défense d’un Paris déréglementé, ouvert 24 / 24, où on circule, consomme, agit librement. Et non plus ce Paris forteresse, ville musée, qui ne ressemble pas à Madrid, Berlin, Londres ou New York, dans le sens où les deux choses qu’on y fait le mieux sont visiter et dormir. Il faut laisser vivre cette grande ville !

Plus prosaïquement, si je suis élue présidente d’AL, mais aussi bien comme candidate, je crois que je serai extrêmement prudente avec toutes les déclarations de soutien à d’autres partis : l’expérience passée a montré combien ce type de déclarations pouvait être périlleuses. Et je crois que, à ce stade de notre développement, ce qui prime n’est pas d’être élus mais de nous rassembler et de renforcer notre identité. Nous discuterons soutiens et alliances le jour où nous serons assez forts pour que les autres intègrent notre programme, plutôt que de simplement “placer des gens”. Avant, il ne sert à rien de s’exciter sur ces questions, il faut plutôt préférer “labourer” et nous faire connaître de nos électeurs.

Un grand merci à Sabine Herold d’avoir pris le temps de répondre à ces questions. J’espère que cela vous aura permis de connaitre, ou de mieux connaitre, une partie des idées libérales, et Sabine Herold qui postule pour être à la tête d’AL.

lundi 25 février 2008

Un soutien pour Sabine de poids, l'ex mandataire de A. Madelin

Christian Braga : le libéralisme aux côtés de Sabine

Mandataire d’Alain Madelin en Moselle pendant la dernière campagne présidentielle , j’ai pu mesuré a quel point le contact de terrain et la communication étaient importants dans la campagne électorale.

Les meilleures idées du monde, si elles sont mal communiquées, ne servent à rien.

Sabine qui a déjà derrière elle une bonne expérience des médias me semble être la personne la mieux à même au sein d’Alternative Libérale pour porter notre message.

Dans un petit parti comme le nôtre le Porte parole doit être le Président.

Sabine à toutes les qualités pour remplir ce rôle : caractère, charisme politique et vision.

Le courant libéral qui s’impose partout dans le monde, possède une grande marge de progression en France.

Sabine portera le projet libéral dans la France du XXI ème siècle avec efficacité.

Je lui apporte tout mon soutien

Christian Braga
Responsable du comité Tocqueville Moselle
Candidat aux élections municipales à Metz

mardi 29 janvier 2008

Borloo et l'économie du bien, par A.Madelin (déc.2007)

On connaissait l’économie de marché. Voici l’économie du Bien, celle qui prétend avec Jean-Louis Borloo « donner un avantage compétitif aux produits vertueux ».
Première application, le bonus-malus fiscal décerné par le gouvernement pour l’achat de véhicules automobiles neufs en fonction de leur rejet de CO2.
Une telle mesure n’inciterait guère à la critique si elle n’annonçait d’autres manipulations fiscales inspirées par le même esprit du Bien.
Car pour Jean-Louis Borloo ce n’est qu’un début : « nous allons essayer de mettre en place un système équivalent pour quelque 20 familles de produits ».

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Ainsi on réfléchit à l'idée de taxes nutritionnelles frappant les produits sucrés ou chargés en graisses pour pénaliser les mauvais comportements qui pèsent sur les comptes de notre assurance maladie.
On entend promouvoir au niveau européen « une taxation écologique des importations », un avatar écologique de feu la TVA sociale qui entendait faire contribuer les produits importés au financement de notre protection sociale (c'est-à-dire en fait les consommateurs français des produits importés !). Elle permettrait de faire coup double : taxer et les importations et les pays qui ne respectent pas le protocole de Kyoto (… et toujours faire payer le consommateur français !). On annonce encore que l’on réservera les allégements de charges sociales aux « bonnes » entreprises qui ouvriront une négociation sur les salaires.
Certes user de la fiscalité pour pénaliser ou récompenser certaines catégories ou modifier certains comportements n’a rien de bien nouveau.
Mais lorsque la planche à billet ne fonctionne plus, lorsqu’il est interdit de s’endetter davantage et difficile de prélever plus, il est tentant d’en faire une méthode de gouvernement, de suivre l’opinion en détaxant le « bien » et surtaxant le « mal ». Le déplacement donne l’image du mouvement.
La tentation est d’autant plus forte que la manipulation se nourrit d’un pseudo discours économique. Il est temps, explique-t-on, « d’introduire le véritable prix écologique d’un bien de consommation ». Bigre, la prétention n’est pas mince

En fait, ce « juste prix » ne peut qu’être arbitraire. Sur un marché, le signal des prix -par exemple le renchérissement du prix de l'essence- influe bien entendu sur les comportements pour pénaliser les voitures puissantes et de fait avantager les voitures moins gourmandes. En revanche, aucune rationalité économique ne peut justifier les tarifs ou les modalités de l’écopastille (Tout autre est le mécanisme des quotas de CO2 qui laisse le marché fixer le prix d'une contrainte publique.)
Pourquoi imposer un malus à l'achat d'un gros véhicule nécessaire au transport d'une famille ? Ne faudrait-il pas –comme on le propose- une prime de 5 g par enfant ! Et pourquoi pas, les personnes à charge ? Pourquoi calculer le malus de façon forfaitaire indépendamment des kilomètres parcourus ? Taxera-t-on les véhicules utilitaires ? Si non, est-il juste que le coiffeur bénéficie de la détaxation du plombier ? Pourquoi une famille avec une C 6 devrait-t-elle payer un malus de 1600 € alors qu'avec deux C2 elle bénéficierait d’un bonus de 700 € pour une pollution identique ? Difficile de faire des choix rationnels !
Dans une économie de marché, les prix expriment la préférence des consommateurs.
La manipulation fiscale des prix perturbe le message des prix. Et si les prix sont dictés par les préférences des politiques, les acteurs économiques sont invités à déplacer leur énergie vers le « marché politique » qui fonctionne sous la pression des groupes d’intérêts et des médias.
Le « politiquement visible » l’emporte sur les rouages de marché « invisibles ». Au risque de détraquer ces rouages et de provoquer d’immenses effets pervers.
C'est ainsi que de puissants lobbys industriels abrités derrière les agriculteurs ont imposé au nom de la planète des subventions massives aux biocarburants dont on s'aperçoit aujourd'hui -dans les conditions actuelles de production- qu’ils ne sont ni économiquement viables, ni écologiquement bénéfiques et qu'ils ont au surplus contribué à renchérir dangereusement les prix agricoles. On devrait de même jauger les éoliennes à leur rentabilité économique et écologique réelle.
Prenons garde de ne pas répéter les erreurs commises au fil du temps sur le marché du travail où l’interventionnisme dans la formation des contrats et des prix (revalorisations politiques du salaire minimum et exonération de charges) a fini par dérégler et l'embauche et la formation des salaires.
La manipulation fiscale des prix reste une manipulation dangereuse dont il serait prudent de modérer l’usage intensif qui s’annonce.
Le principe de précaution et de sérieuses études d’impact s’imposent.

dimanche 27 janvier 2008

Echanges et Paix

Echanger, c’est donner et recevoir des biens s’il s’agit de commerce, des idées s’il s’agit de dialogue. Ces échanges sont le contraire de la guerre, où l’on prend sans donner, où l’on impose sa position sans écouter celles des autres. Mais les ventes d’armes et les échanges d’injures ne sont pas moins contraires à la paix.

Dans quelle mesure les échanges ont-ils un effet bénéfique sur les relations entre les Etats et entre les individus ? Suffit-il d’échanger pour ne plus se battre ? Bref, quel effet politique peut-on espérer de l’économie et de la culture ?

L’ignorance est source d’hostilité et d’incompréhension. Faute de s’intéresser aux autres cultures, nous les trouvons ridicules et barbares. De cet ethnocentrisme brutal dérivent toutes les formes de rejet de l’autre. A l’inverse, la connaissance que deux cultures prennent l’une de l’autre est déjà une forme d’amitié et de reconnaissance mutuelle.

Et c’est une idée chère aux Lumières que le commerce favorise la paix. Montesquieu remarque que les relations commerciales supposent un besoin réciproque des nations, en sorte que chacune a intérêt à demeurer en bons termes avec les autres. Le peuple phénicien, qui était le plus grand peuple commerçant de l’antiquité, était aussi le moins belliqueux.

On objectera que l’industrie de l’armement présente un intérêt économique tout en favorisant la guerre. Malgré les théories de la dissuasion, la prolifération des armes de destruction massive apparaît comme une menace. Certains trafics ont en outre intérêt à ce que les conflits durent.

Même en accordant que les échanges favorisent l’entente entre pays, ils ne sont sans doute pas aussi favorables à la paix civile. Car le développement des relations commerciales engendre la concurrence et crée de nombreux litiges. Selon Montesquieu, ce qui unit les nations divise les citoyens.

Il ressort que l’intérêt n’est pas une garantie suffisante de la paix, qui pour être durable doit reposer sur la volonté de s’unir. Les relations commerciales dissuadent de faire la guerre et font aimer la paix mais seulement comme un moyen, avec lequel il est donc toujours possible de transiger. Or, la paix n’est-elle pas une question de principe ?

Mais s’il est douteux que l’intérêt soit un fondement suffisant de la paix entre les hommes, le commerce et même les conflits d’intérêt ont pour conséquence le développement du droit et de la législation. Or, s’il est vrai que la paix internationale est inséparable du droit, on peut considérer que la justice des échanges, si elle ne produit pas la paix, du moins la prépare.

mercredi 23 janvier 2008

La modernité de la pensée libérale par Alain Madelin.

Par formation, par tradition, le français ne serait pas fait pour un libéralisme qui, par nature, nous-dit on, correspond beaucoup mieux aux particularités historiques et sociologiques du monde anglo-saxon qu'au nôtre.

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Propos d'Alain MADELIN
Il s'agit-là d'une idée reçue. Nous avons perdu de vue le rôle central joué par les auteurs libéraux français des 18ème et 19ème siècles dans la fomation, la conceptualisation et la diffusion des idées libérales.

Sans leurs apports, le libéralisme serait sans doute resté une pensée inachevée.
Rien n'est plus habituel, par exemple, que de faire remonter les sources de la pensée économique libérale à Adam Smith. Le philosophe écossais serait non seulement le fondateur de la science économique, mais plus encore le véritable inventeur, le " découvreur " du libéralisme économique. Présenter les choses ainsi occulte tous les apports d'une tradition française qui, tout au long du 18ème siècle, a produit des ouvres essentielles. Elle minimise notamment le rôle fondamental de Turgot dans la formation des concepts de base de la pensée économique libérale moderne. Des travaux scientifiques ont récemment révélé l'ampleur des emprunts qu'Adam Smith avait réalisé auprès de son illustre contemporain français.
De même, on oublie que la grande littérature libérale des Etats-unis s'inscrit directement dans la tradition d'une école d'économie politique américaine fondée au début du 19ème siècle par l'ancien Président Thomas Jefferson sur la base d'un manuel qui n'était autre que la traduction réalisée par lui d'un ouvrage d'un auteur français, le comte Destutt de Tracy. Ainsi, bien des idées qui nous reviennent aujourd'hui d'outre-Atlantique ne sont en fait que des reformulations et développements modernisés de concepts ou d'analyses dont les prémisses ont généralement été posées par des auteurs bien français : par exemple toute l'analyse moderne des mécanismes de la croissance de l'Etat que l'on retrouve déjà anticipée chez les auteurs libéraux de la Restauration (Charles Comte, Charles Dunoyer, Augustin Thierry), et plus encore chez Frederic Bastiat et les collaborateurs du Journal des Economistes.
Sur un plan scientifique, beaucoup d'économistes seront sans doute étonnés d'apprendre qu'il existe actuellement un courant anglo-saxon qui vise à réhabiliter l'oeuvre de ces économistes français du 19ème siècle en démontrant que leurs jugements se fondaient sur une démarche scientifique incomparablement supérieure à celle de leurs rivaux britanniques, les fameux Manchestériens (Ricardo, Malthus...) présentés dans tous les cours d'université comme les fondateurs, à la suite d'Adam Smith, de la vraie science économique. Alors que ces derniers éprouvaient encore beaucoup de mal à résoudre le problème des origines de la valeur ? et contribuaient ainsi à entretenir les germes de ce qui allait plus tard former le coeur de la doctrine marxiste ?, les économistes français rejetaient déjà résolument les ambiguités de la théorie de la valeur-travail pour adopter (malheureusement sans être encore en mesure de l'expliciter clairement) une conception "subjective" et très moderne de la valeur.
Enfin, il est à la mode d'accuser les libéraux contemporains du péché d'économicisme, et de leur reprocher de ne plus accorder suffisamment d'attention aux vraies valeurs de l'Humanisme européen. En faisant le procés de l'Etat-étouffe-tout, en appelant à la régression des dépenses publiques, en condamnant les nationalisations et les excès de l'économie administrée, en dénonçant les abus de la protection socialisée, en se faisant les défenseur de la propriété, les libéraux "à l'anglo-saxonne" trahiraient les idéaux humanistes de leur tradition. Le libéralisme présenterait le défaut rédhibitoire de conduire à la victoire des comportements individualistes, au détriment de tout ce qui peut incarner la présence de valeurs de solidarité ou d'identités collectives.
Ce procès de l'individualisme n'a rien de nouveau. C'était déjà ce que socialistes et conservateurs reprochaient de concert aux libéraux français du 19 ème siècle. Les travaux de ces derniers prouvent pourtant à quel point ce reproche est infondé, et résulte plus de fantasmes idéologiques et politiques que d'une analyse réelle de la pensée de ceux qui étaient concernés.
Que Benjamin Constant ou Alexis de Tocqueville échappent généralement à cette opprobe n'empêche pas que les autres partageaient le plus souvent la même conviction sur l'importance du rôle des traditions, du respect des valeurs et des solidarités communautaires, mais que c'était précisément au nom de la préservation de celles-ci qu'ils s'attaquaient aux monopole de l'Etat moderne avec une virulence très souvent bien au-delà de ce que l'on trouve aujourd'hui dans la pensée libérale même la plus agressive. Excellents prophètes de ce qui allait s'enchaîner avec l'avènement des Etats providence contemporains, et en raison même des leçons qu'ils avaient eux-mêmes tirées de leur expérience révolutionnaire, les libéraux français du 19ème siècle ont été les premiers à comprendre que c'est l'excès d'Etat qui conduisait paradoxalement à l'anomie sociale aujourd'hui si fréquemment mise au débit du libéralisme.

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Les vrais contours du libéralisme

Ces remarques sur l'histoire de la pensée libérale dans notre pays me conduisent tout naturellement à préciser une nouvelle fois les contours de cette pensée libérale, ainsi que les contributions qu'elle apporte tant au progrès social qu'au progrès économique. La pensée libérale est très souvent assimilée à un certain nombre de recettes économiques qui asservissent l'homme et le mettraient au service exclusif des chiffres. En réalité, cela n'a aucun sens. La pensée libérale, avant d'être une pensée économique, est une pensée philosophique, juridique et politique de la libération de l'homme.

Un libéralisme philosophique et politique

Le libéralisme correspond d'abord et avant tout à l'idée que l'homme est un être moral, un être de conscience, un être libre, libre de faire le bien comme le mal. Et c'est précisément cette liberté de choisir en conscience de faire l'un ou l'autre, l'un plutôt que l'autre, qui fonde sa responsabilité; responsabilité vis-à-vis de Dieu son Créateur pour les uns, vis à vis des exigences de sa raison pour les autres. A son tour, c'est parce que le libéralisme voit d'abord et avant tout dans chaque être individuel ce qu'il y a de responsable, qu'il en conclue que tous les hommes sont moralement égaux, et qu'il pose ainsi le principe de l'égale dignité de tous les êtres humains.
Défini de cette façon, le libéralisme est le produit d'une longue histoire philosophique qui débute en Grèce il y a vingt cinq siècles, est ensuite portée par le grand souffle du christianisme, et se trouve finalement consacré par les déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, véritable charte des libertés individuelles. C'est une doctine qui, par construction, se déclare l'ennemie irréductible de toutes les thèses qui prônent l'inégalité des hommes ou des races.
Concrètement, cela veut dire que pour les libéraux il existe au-dessus de tout pouvoir humain, qu'il soit d'essence autocratique ou démocratique, une autre loi, fruit de la nature de l'homme, de son histoire et de notre civilisation, qui s'impose à lui comme à tous les autres hommes, et qui limite ce qu'il peut naturellement faire ? par exemple violer les droits des autres. Au nom de ce principe essentiel je suis de ceux qui considèrent que si 51 % des français, ou même 99 % votaient la suppression des droits de l'homme, cela n'empêcheraient pas ceux-ci de continuer à exister, et donc de s'imposer à tous comme un devoir moral.
Pour moi, c'est d'abord cela être libéral. C'est un refus farouche de la loi du plus fort; et donc de ramener le droit à la simple expression du choix des plus forts, ou des plus nombreux.

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Un libéralisme juridique

Il s'ensuit qu'aux yeux d'un libéral la démocratie ne peut se réduire à l'exercice du seul principe majoritaire. La loi de la majorité doit se trouver équilibrée par un principe de limitation du pouvoir qui protège les droits des minorités ? à commencer par ceux de la plus petite de ces minorités, l'individu.
C'est ainsi que la conception libérale de la démocratie repose sur la présence de limites constitutionnelles délimitant les pouvoirs du législateur et du gouvernement. Dans la démocratie libérale, la loi ne saurait se réduire à la volonté et aux caprices d'une majorité d'un jour. La loi ne peut être que le produit de procédures complexes où s'inscrit l'héritage accumulé d'une longue histoire juridique et culturelle.
Le libéralisme est donc une approche des relations humaines et politiques fondées sur la priorité de l'ordre juridique.
Il existe deux méthodes pour assurer l'ordre social : la première consiste à donner des ordres, à en user et à en abuser, en étendant indéfiniment le pouvoir des contraintes de l'Etat. La seconde cherche non pas à commander les hommes au moyen d'une autorité dite supérieure, mais à établir les droits et les obligations réciproques des individus. C'est la méthode juridique, la méthode libérale.
Bien souvent au lieu de réclamer "moins d'Etat", nous devrions en fait demander "plus de droit". Telle est la vraie démarche libérale.

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Un libéralisme économique

Le libéralisme économique est bien évidemment indissociable des deux caractéristiques précédentes. C'est l'ordre juridique d'une société d'hommes libres, citoyens d'un Etat soumis au droit ? l'Etat de droit ?, qui est la source de la croissance et de la prospérité économique.
L'essor des disciplines macro-économiques nous a habitué à raisonner en termes de "demande", de "capital", "d'investissement", de "productivité"... Mais à manier les équations de plus en plus complexes, nous en sommes arrivés à perdre de vue l'essentiel : à savoir qu' "il n'y a de richesse que d'hommes".
Pour le libéral que je suis, la croissance, l'emploi n'ont en définitive d'autre origine que l'homme, sa liberté et sa créativité. Ce n'est pas dans l'étude de la macro-économie que se trouve le secret de la prospérité économique, mais dans les institutions et la manière dont elles stimulent sa créativité en faisant appel à sa liberté et à son sens de la responsabilité.
A cet égard la référence du libéralisme au "laissez faire" est la source d'immenses malentendus. Ce n'est pas le libéralisme en soi, mais la trahison des grands principes de droit par des Etats qui ne conservent plus que les apparences de l'ordre libéral qui est la cause des grands déréglements économiques et sociaux.
Historiquement, le "laissez faire, laissez passer" constituait une réaction contre le colbertisme, son dirigisme étouffant, et ses privilèges sclérosants. C'était, prioritairement, un revendication de responsabilité. "Laissez faire, laissez passer", c'était une façon de permettre l'ascension des individus, la liberté d'épanouissement des originalités personnelles.
C'est ainsi une erreur que de laisser croire que la pensée libérale réduit l'homme au rôle de simple agent économique dont la seule fonction serait de produire, de consommer ou d'investir. Pour un libéral, l'économie est d'abord et avant tout faite d'hommes et de femmes plus ou moins incités à faire preuve d'initiative, à entreprendre, à innover, à travailler, à faire preuve de responsabilité dans des structures sociales qui favorisent plus ou moins le meilleur de chacun.

La dimension sociale du libéralisme

Celle-ci est encore plus mal connue. L'étiquette libérale a trop servi dans le passé à couvrir des marchandises frelatées et diverses formes de conservatisme qui n'avaient rien à voir avec le libéralisme.
C'est ainsi que le libéralisme est trop souvent identifié à une absence de générosité sociale, une loi de la jungle où le fort triompherait aisément des faibles. Ce n'est pas exact.
Certes, pour les libéraux, la confiance dans les libertés économiques est le plus sûr moyen pour conduire à la prospérité. Mais les libéraux sont les premiers à reconnaître que s'il y a dans l'homme un besoin de liberté, il y existe aussi bien entendu un besoin de sécurité.
Cette vérité d'évidence, vous la retrouverez très clairement exprimée chez les libéraux français du 19ème siécle. Chez Frédéric Bastiat par exemple, qui a consacré de très belles pages à montrer que le besoin de sécurité est fondamental dans l'âme humaine, et qu'il faut travailler à donner aux hommes les moyens d'assurer leur sécurité car cela ne se fait pas tout seul.
C'est pourquoi les libéraux du 19ème siècle furent les initiateurs de nombreuses institutions de protection sociale sous forme d'assurances ou de sociétés de secours mutuels ; institutions destinées à prévenir la maladie, le chômage, ou la vieillesse, à permettre aux ouvriers de se créer un patrimoine au travers de caisses d'épargne. C'est un libéral, l'économiste Gustave de Molinari, qui, joignant l'acte à la parole, tenta par exemple le premier en France de créer des "Bourses du travail". Bien des expériences et réalisations qui ont marqué l'évolution de notre société et de son environnement social à la fin du 19ème siècle, furent en fait le produit d'initiatives libérales.
La grande différence avec la pensée sociale contemporaine est que les libéraux mettent l'accent sur le rôle prioritaire des associations et du monde associatif. La pensée libérale est une pensée d' équilibre, une pensée qui considère que si l'on veut éviter l'oppression des faibles par les forts il existe une autre voie que le recours à la loi ou à l'Etat : la libre association. Le libéral est quelqu'un qui, à une intervention de l'Etat préfère, chaque fois que cela est possible, une intervention des intéressés eux mêmes, spontanément associés.
C'est ainsi, là encore, qu'au 19ème siècle, ce sont les libéraux qui, en France, demandaient la liberté des syndicats, syndicats libres et libre entreprise étant à leurs yeux deux formes complémentaires d'un même ordre social. Pour autant toutefois que ces syndicats respectent eux-mêmes le jeu des libertés, et n'utilisent pas l'Etat pour passer d'un ordre de contrats volontaires à un nouvel ordre d'essence réglementaire construit sur une pyramide d'alibis quasi-contractuels.

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La pensée du 21ème siècle

Pour terminer, je voudrais montrer que ces idées, bien qu'elles soient illustrées par la pensée de gens d'hier, sont en réalité plus actuelles que jamais.
A la veille de notre entrée dans le 21ème siècle, nous sommes en effet confrontés à un formidable changement. Après la révolution agricole, puis la révolution industrielle, voici que se profile la troisème grande vague de changement dans l'histoire de l'Humanité.
La mondialisation de l'économie, la réduction des distances et l'accélération du temps, la révolution des technologies de l'information et de la communication annoncent une nouvelle civilisation. A la civilisation de l'usine va succéder celle du savoir.
Nous vivons la révolution d'une économie globale où capitaux et informations ne connaissent plus de frontières. Une économie où ce ne sont plus seulement les matières premières ou les sources d'énergie qui comptent, mais, de plus en plus, le savoir, le travail, l'organisation. Nous entrons dans un monde où, plus que jamais, ce qui va compter, ce sont les talents, les capacités d'imagination et de créativité des hommes.
Ainsi esquissé, ce 21ème siècle, porte en lui une formidable promesse. Le 20ème siècle a été le siècle des Etats avec ses deux guerres mondiales, puis celui de l'Etat-providence et du pouvoir montant des bureaucraties. Depuis le grand évènement que fut la chute du mur de Berlin, le 21ème siècle apporte au contraire avec lui la promesse d'un monde qui fera davantage confiance à l'homme, d'un monde qui remet l'homme au coeur de la société.
Les nouveaux horizons de la science apportent non seulement de nouvelles chances de prospérité, d'emplois et de croissance, mais encore une croissance d'un type nouveau : une croissance plus soucieuse de l'homme et de son environnement, lui offrant de nouvelles possibilités d'être et d'apprendre. Une croissance créatrice de nouveaux produits, de nouveaux services, donc de nouveaux métiers, et porteuse d'une culture plus accessible.
Simultanément, cette plus grande ouverture au monde suscite un besoin de proximité, la nécessité de repères sécurisants et d'espaces à taille humaine, et la possibilité de s'épanouir au sein de multiples communautés ? dont la plus naturelle reste la famille ?, d'associations volontaires, de solidarités professionnelles et culturelles.
Ce 21ème siècle sera un siècle de citoyens plus libres et plus responsables, plus autonomes mais aussi plus solidaires au sein d'une société de plus grande harmonie; un siècle donnant davantage de place à une société civile infiniment plus riche.
Bien évidemment, je ne dis pas que cette mutation ira sans problème. J'en déduis néammoins que ce siècle sera marqué par un grand choix libéral, par le retour en force de systèmes de valeurs et de cohésion sociétale beaucoup plus proches des valeurs libérales auxquelles j'adhère que cela n'a jamais été le cas depuis bien longtemps.
Voilà pourquoi il est si important aujourd'hui de renouer avec les racines historiques et intellectuelles du libéralisme, et notamment du libéralisme français, sans doute le plus riche de tous. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer ces premières université populaires libérales, pour mieux faire connaître les sources et les fondements de la pensée libérale, et montrer leur grande modernité.

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mardi 22 janvier 2008

Le débat libéral en France et ses faiblesses !

Plus de deux siècles après Montesquieu, le libéralisme français est enfin parvenu à une inexistence politique à peu près totale. Peut-être les libéraux français auraient-ils un peu intérêt à se demander comment ce brillant résultat a été atteint et s’il existe un moyen d’inverser ce processus. Voici quelques suggestions.

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Le discours libéral français actuel souffre de l’angle essentiellement défensif sous lequel il s’exprime. Sans doute parce que le poids de l’Etat s’est accru de façon à peu près continue depuis le première guerre mondiale, les libéraux ont pris l’habitude de pointer un par un les cas d’intervention excessive et contre-productive de l’Etat en France. Afin de renforcer leur discours, ils utilisent des exemples a contrario de neutralité de l’Etat donnant de bons résultats, mais ces exemples doivent de plus en plus être cherchés à l’étranger.

Par ailleurs, les libéraux connaissent par coeur le propos de Bastiat sur ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas et sont parfaitement conscients de ce qu’il s’agit d’un handicap difficile à surmonter, puisque ce qu’on voit, ce sont les avantages de l’étatisme, et ce qu’on ne voit pas, ce sont les avantages du libéralisme. C’est d’ailleurs pour cela que les libéraux reprennent si souvent le discours de Bastiat : parce qu’il décrit le handicap dont ils souffrent et montre en quoi ce handicap est injuste. Mais même en en démontrant l’injustice, il est toujours là.

En fin de compte, le discours libéral français consiste le plus souvent à montrer, secteur par secteur, en quoi le libéralisme est plus efficace que l’étatisme. Les libéraux cherchent par conséquent à passer pour des pragmatiques ne se sentant tenus par aucun dogme et prêts, le cas échéant, puisqu’ils sont pragmatiques et uniquement soucieux des résultats, à adopter des positions qui peuvent paraître un peu étranges de la part de libéraux. C’est ainsi que des gens comme Sorman, Rioufol ou Michaux sont capables de défendre les politiques de discrimination “positive” qui pourraient pourtant sembler, et qui en fait sont absolument, contraires à tout ce que le libéralisme représente. Le libéralisme, répondront probablement les intéressés, n’est pas une idéologie, et nous sommes des pragmatiques prêts à défendre ce qui marche plutôt que ce qui paraît conforme à notre doctrine. Soit, mais pourquoi dans ce cas se dire libéral ?

Conséquence plus générale de cet état de choses, le discours libéral se concentre généralement sur l’économie, domaine tenu pour distinct de tous les autres et dans lequel certaines choses peuvent être mesurées avec une certaine précision. L’économie se prête à la modélisation plus ou moins mathématique, donc les libéraux y trouvent matière à démontrer de façon assez objective, la justesse de leurs idées. Les controverses existent mais les libéraux peuvent néanmoins, dans ce domaine, défendre leur point de vue sans se référer à de quelconques fondements philosophiques. Le libéralisme économique mérite d’être défendu, disent-ils, parce qu’il marche.

Cette attention particulière portée aux résultats pratiques et à l’examen au cas par cas des domaines de l’action publique est cependant, pour les libéraux, une solution de facilité.

Le libéralisme repose d’abord sur une certaine vision de l’humanité, selon laquelle la liberté est un bien précieux pour des raisons tout à fait distinctes de l’efficacité économique. Même si la liberté n’était pas la meilleure des politiques économiques, elle mériterait sans doute d’être défendue pour un certain nombre de raisons qui ne seront pas détaillées ici mais dont les libéraux devraient se souvenir.

L’économie n’est qu’un domaine de l’activité humaine parmi d’autres, et il est même loin d’être certain qu’on puisse l’isoler comme on le fait généralement. La plupart des gens font huit heures par jour et cinq jours par semaine “de l’économie”. Ils travaillent et gagnent leur vie. Jouir de la liberté pendant cet intervalle n’a pas que des conséquences économiques. En réalité, l’idée libérale s’applique à l’économie comme aux autres domaines, avec les mêmes avantages et les mêmes inconvénients. L’économie se prête simplement mieux à des modélisation appuyées sur des outils mathématiques d’une part, à des observations quantifiées d’autre part, ce qui permet aux libéraux d’espérer imposer leur point de vue par la logique. C’est d’ailleurs en partie ce qui se passe.

Mais ce qui est vrai en économie l’est également, et de façon très logique, dans les autres domaines de l’activité humaine. L’idée que la satisfaction des désirs et des besoins individuels n’est pas contradictoire avec celle des besoins collectifs est vraie ou fausse mais n’a aucune raison de se limiter aux activités visant à la création de richesses matérielles. Si la concurrence entre producteurs et marchands apporte des bénéfices au consommateurs, pourquoi ne serait-il pas également vrai que la concurrence entre les idées apporte des bénéfices au citoyen ?

Enfin, le point le plus important parmi ceux que les libéraux ont malheureusement oubliés est le fait que le libéralisme est avant tout une théorie de l’Etat. Les libéraux français se contentent généralement d’énumérer ce que l’Etat ne doit pas faire, et ils le font souvent très bien. Des gens comme Revel ou Manière, ou plus récemment Laine, ont ces dernières années plaidé de façon très convaincante en faveur du désengagement de l’Etat, mais expliquer où l’Etat ne doit pas être est insuffisant. Il faut aussi expliquer où il doit être, et les deux réflexions sont non seulement aussi importantes l’une que l’autre, mais surtout complètement indissociables. Le désengagement de l’Etat ne doit pas être une sorte de route sans fin comme l’est la progressivité de l’impôt à gauche : apparemment, l’impôt n’est jamais suffisamment progressif et on ne peut jamais trop redistribuer les revenus. Telle est l’impression donnée par le discours de gauche sur la redistribution. Le discours libéral sur le désengagement de l’Etat ne doit pas en être une image inversée. L’Etat n’a besoin de se désengager que parce qu’il est, aujourd’hui, trop engagé. Il pourrait très bien ne pas l’être suffisamment, ce qui est d’ailleurs le cas dans un certain nombre de domaines.

Le désengagement de l’Etat repose sur l’idée que l’Etat fait certaines choses mieux que d’autres, et surtout fait certaines choses plus légitimement que d’autres. En gros, si l’on dit que la mission de l’Etat consiste à assurer la sécurité des biens et des personnes, son désengagement d’autres domaines d’activité doit avoir lieu dans la perspective d’une rationnalisation des ses missions en faveur de ses tâches fondamentales. C’est là que se trouve la réponse des libéraux aux objections selon lesquelles ils veulent faire disparaître l’Etat et laisser le désordre s’installer. La question n’est pas la “quantité” d’Etat mais ce que l’Etat doit faire et ne pas faire.

Or, l’Etat remplit au moins une fonction particulièrement importante du point de vue d’un libéral : la défense de la liberté. Celle-ci peut être indirrecte, au sens où l’Etat, en assurant la sécurité, protège les individus des menaces autres qu’étatiques contre leur liberté ; ou plus directe dans la mesure où une constitution bien faite limite les pouvoirs de l’Etat, et où l’équilibre des pouvoirs, un principe d’une incroyable complexité quand on veut qu’il s’applique correctement, doit conduire l’Etat à se restreindre lui-même. Rares sont les endroits où ce principe est correctement compris et mis en pratique, et la France n’en fait pas partie. Les libéraux devraient logiquement chercher à faire en sorte que “par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir”. Tel devrait être leur premier objectif, et telle n’est pas leur activité principale. Laisser dire, comme les politiciens le font régulièrement, que ces questions n’intéressent pas les Français et que ces derniers veulent avant tout voir leur niveau de vie augmenter, c’est manquer une occasion de replacer le libéralisme au centre même du débat politique français, et c’est aussi accepter que soit tenu un discours méprisant, à la limite de l’insulte, vis-à-vis des Français.

Le libéralisme s’appuie sur une vision à la fois optimiste et pessimiste de l’être humain. Optimiste parce que l’individu est considéré comme capable de bien faire quand on le laisse faire, pessimsite parce que les individus sont considérés comme susceptible d’essayer d’imposer leur volonté les uns aux autres. Le libéralisme n’est abslument pas une doctrine proclamant l’inutilité de toute contrainte étatique, c’est un ensemble de principes visant à fixer des limites aussi peu contraignantes que possible à la liberté.

On peut supposer que la raison principale pour laquelle le libéralisme est impopulaire en France et dans d’autres pays est que les gens se méfient les uns des autres. C’est ce qui est dit de façon très claire dans le domaine économique et social : si on laisse les patrons faire ce qu’ils veulent, dit-on, ils exploiteront les travaileurs. Le même argument est employé dans d’autres domaines, comme la possession d’armes à feu par les individus.

Les libéraux devraient prendre au sérieux ces arguments. Cela ne sert à rien de soutenir que les individus sont plus responsables qu’ils ne le sont. Mettre l’individu et la liberté individuelle au centre d’une doctrine politique est parfaitement légitime et justifié, mais la liberté individuelle suppose un certain sens des responsabilité qui est ou n’est pas acquis, et s’il ne l’est pas, alors il faut faire en sorte qu’il le soit. Ce devrait être l’un des objectifs du libéralisme, et c’est l’une de ses difficultés. Si c’est l’Etat qui doit préparer les individus à être de plus en plus libres, cela signifie que l’on confie à l’Etat la mission d’assurer son propre rétrécissement, et rares sont les bureaucraties qui remplissent avec zèle ce type de missions. C’est un problème complexe, mais c’est le problème des libéraux. Ce sont eux qui veulent faire reculer l’Etat, et seul l’Etat peut faire reculer l’Etat. La tâche est loin d’être aisée et le politicien qui saura la mettre en oeuvre sera très habile. Cet apparent paradoxe ne fait pas du libéralisme une utopie, et les libéraux devraient également se demander pour quelle raison un tel contresens est aussi fréquent. L’une des raisons peut être justement le fait que le libéralisme fait partie des doctrines qui deviendraient efficaces si une majorité suffisamment importante des citoyens l’approuvaient, ce que l’on aurait aussi bien pu dire, pourrait-on entendre, du communisme. Ergo, le libéralisme est un nouveau totalitarisme, une “perversion de l’esprit humain” et une utopie dangereuse. C’est aux libéraux de trouver la réponse appropriée à cet argumentaire étonamment agressif mais entendu régulièrement, et la réponse pourrait être que le libéralisme ne vise qu’à l’exercice de la liberté individuelle et qu’il ne peut pas, par conséquent, devenir une tyrannie puisqu’il cesserait instantanément d’être ce qu’il est. On ne pouvait pas en dire autant du communisme, dont le caractère tyrannique ne contredisait pas fondamentalement les objectifs. On peut supposer que l’évolution vers le libéralisme occidental du XIXe siècle s’est inscrite dans l’émergence de l’Etat moderne, conçu avant tout comme un instrument de protection des individus à la fois contre les périls extérieurs et contre eux-mêmes. L’évolution ultérieure de l’Etat est peut-être le produit de la Première guerre mondiale, c’est-à-dire d’un retour en force de ces dangers ayant entraîné la construction d’économies de guerre qui auront évolué en temps de paix vers les économies administrées encore très présentes en France. Peut-être les longues périodes de paix sont-elles propices à un recul relativement spontané de l’Etat. Peut-être les tensions internes à la société françaises sont-elles plus fortes qu’on ne le croit habituellement. Tout cela est possible et mérite d’être examiné et discuté, car c’est en définissant les finalités de l’Etat que l’on peut fixer ses limites, et c’est en réfléchissant aux limites de la doctrine libérale qu’on peut la rendre effectivement applicable.

D’une certaine manière, l’instauration du libéralisme présente des points communs avec les processus de paix dans les pays en guerre civile. Il faut essayer avec beaucoup de patience de faire en sorte que les gens se méfient de moins en moins les uns des autres. Il est sans doute nécessaire de forcer la marche des choses à certains moments, et la grande bataille contre les syndicats à laquelle les libéraux s’attendent plus ou moins aura peut-être lieu, mais le plus important est sans doute de démêler l’ensemble assez complexe de tensions et de méfiance mutuelle qui existe dans la société française. C’est une tâche complexe et très difficile, mais quel intérêt y a-t-il à ne pas admettre l’existence de difficultés ? Si le discours libéral se contente de montrer en quoi le libéralisme est le meilleur des systèmes imaginables en s’appuyant sur des exemples économiques, plutôt que d’essayer de comprendre pourquoi pratiquement personne n’a l’air convaincu, les choses ne sont pas près d’avancer.
Say no more

samedi 19 janvier 2008

Comité MONTESQUIEU, une renaissance !! Un esprit....libre

Je profite de l’anniversaire de la naissance de Montesquieu (18 janvier 1689), afin de vous annoncer, officiellement la création sur Bordeaux et sa Région du comité du même nom : « Comité Montesquieu – Alternative Libérale »

http://www.buddhachannel.tv/portail/IMG/cache-520x259/montesquieu-connaitre-520x259.jpg

Lors de notre rassemblement du 14 de ce mois, les membres aéliens présents, et à jour de la cotisation 2008, ont pu élire leur président.

La secrétaire de séance nommée ( Pascale de ROMEMONT, élue liste Europe au CNAL) a pu établir le procès-verbal et l’entériner. Le président est élu pour deux années, est élu :

Alain GENESTINE
51 ans, marié, 2 enfants
Chef d’entreprise
Artiste peintre essayiste
Chez Alternative-Libérale : Membre du comité d’orientation ; Candidat à la députation 2007.

Le dossier constitué, un courrier a été envoyé au siège d’Alternative-Libérale, bld Flandrin à
Paris XVI fin de semaine 3.


D’autre part, et à la demande des adhérents, un blog a été crée, son nom : Alternative Libérale – Comité MONTESQUIEU. Le blog du comité Alternative Libérale Bordelais.
Il vient tout juste d’être établi et enrichi par Mathieu MICHAUD, secrètaire chargé des affaires Presses Médias Vidéos Conférences. Mathieu sera accompagné pour cette tâche de Marc LASSORT-DESTIEU.
Ce blog est déjà en service, vous pouvez le trouver, outre les liens de ces propres administrateurs, à l’adresse suivante :

http://albordeaux.blogspot.com/

Bien entendu, il est demandé à tous de faire vivre ce site-blog, nécessaire pour Alternative-Libérale et sa blogosphère(une demande a été effectuée pour liens), ainsi que pour Bordeaux et sa région, voire au-delà, afin de pouvoir laisser une place à tous les libéraux voulant s’exprimer librement, aussi à tous ceux qui par leur commentaire, donneront leur avis tranché sur les différents thèmes qui pourront être abordés sur ce support.
Alors futurs adhérents, sympathisants…..un nouvel univers s’est crée, une aide à la décision, une liberté, votre Liberté retrouvé. Osez la Liberté, elle est vôtre !!

D’autres sujets ont été abordés lors de cette réunion, un compte-rendu sera effectué et en charge par notre secrétaire. Ces CR ne seront en aucun cas sur le site et blogs du comité Montesquieu, ils seront réservés et archivés au sein de notre intranet, par discrétion. Il va sans dire que notre blabla organisationnel ne polluera pas nos supports externes. Cependant nous resterons vigilant à toute transparence possible auprès de nos sympathisants par respect ainsi que le nôtre, pour se faire à l’écoute des demandes et préoccupations, ainsi qu’à leurs avis et critiques.

Date de la prochaine réunion pour les adhérents : 18 février 2008 à 18h30’ lieu privé
Si certaines personnes veulent participer à nos réunions, merci d’appeler le 06 80 22 45 07
Faisons ensemble Bordelaises et Bordelais la liberté, la Liberté fera le reste.
Alain GENESTINE, pour le bureau

Le Sud-Ouest, Bordeaux, les Girondins, fondateurs du libéralisme mondial. Libéraux de ce jour, reprenons le goût de la Liberté en mémoire de ceux, déc

UN PROJET RÉSOLUMENT MODERNE

Le libéralisme égalitaire des Jacobins

PARTISANS de l’égalité, les Jacobins ne pouvaient être que les fossoyeurs des libertés et les ancêtres des bolchéviques. Cette vision dominante de l’historiographie, depuis les travaux de François Furet, est rarement contestée ; pour elle, la liberté est naturellement inégalitaire. Pourtant, une étude plus subtile de la Révolution française montre que, pour les Girondins comme pour les Montagnards, être pauvre revenait à être privé de liberté. Ce qui, entre autres remèdes, imposait la progressivité de l’impôt. Cependant, même les Jacobins les plus intransigeants espéraient que la tempérance des riches et l’égalité morale de tous remédieraient aux inégalités sociales.

Par Jean-Pierre Gross
Historien,auteur de Saint-Just, sa politique et s es missions, Bibliothèque nationale, Paris, 1976, et de Fair Shares for All : Jacobin Egalitarianism in Practice, Cambridge University Press, Cambridge,(Grande-Bretagne), 1997.

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Affirmer l’idéal égalitaire des Jacobins va de soi. Disciples de Rousseau, ils s’appliquèrent à éradiquer les inégalités héritées de l’Ancien Régime : si 1789 consacra l’égalité devant la loi, 1793 devait inaugurer l’ère de l’égalité réelle. Mais affirmer en même temps le libéralisme des Jacobins, disciples de Montesquieu, relève du paradoxe. Liberté et égalité ne sont-elles pas a priori incompatibles ? Plus il y a de liberté, plus la concurrence tend à engendrer des inégalités et, inversement, si l’on veut pousser l’égalité, on est amené à empiéter sur les libertés en redistribuant richesses ou avantages. C’est pourquoi Montesquieu, dans son projet de société, s’est efforcé de doser ces deux ingrédients, la liberté étant à ses yeux plus désirable que l’égalité, et l’inégalité un moindre mal que le despotisme.

A ce dilemme philosophique s’ajoute la problématique historique de la Terreur. Les auteurs modernes ne nous ont-ils pas appris que celle-ci fut non seulement un régime répressif imposé par les « circonstances » et entraînant une nécessaire restriction des libertés, mais aussi une idéologie égalitaire visant la régénération morale, et l’uniformité, de la société ? Ainsi, Luc Ferry et Alain Renaut (1) condamnent le jacobinisme pour sa vision volontariste et éthique des droits de l’homme, le risque inhérent à une telle vision étant celui, « historiquement vérifiable », de la Terreur. François Furet et Mona Ozouf (2), pour leur part, estiment que le consentement à la contrainte fut dans la Convention la vraie ligne de clivage : en voulant imposer l’égalité aux riches et les « forcer à être honnêtes », Robespierre et les siens inauguraient l’ère totalitaire, le culte de la violence n’attendant plus que la « greffe bolchevique » pour devenir au XXe siècle nécessité révolutionnaire.

Certes, la complaisance des historiens de gauche a favorisé cette perception d’une inexorable continuité historique. Albert Mathiez ne voyait-il pas en Robespierre le complice de Babeuf, à un moment où ce dernier était revendiqué comme ancêtre attitré de la révolution prolétarienne ? Ecrivant en 1928, à l’époque de la « dékoulakisation » en URSS, Albert Mathiez présentait la politique agraire des Jacobins français de l’an II comme une vaste tentative d’expropriation d’une classe au profit d’une autre. Bien que cette interprétation ait été sensiblement modifiée par ses successeurs, il n’en reste pas moins qu’à travers le prisme marxiste l’expérience jacobine apparaît encore comme une préfiguration des luttes idéologiques des temps modernes.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a8/Condorcet.jpghttp://genealogie-deruy.ifrance.com/images/robespierre.jpg

De telles assimilations et les réserves qu’elles suscitent donnent à réfléchir. Elles révèlent une profonde méprise quant à la nature de l’égalitarisme jacobin, né de l’individualisme de 1789 et de la logique des droits de l’homme. La Déclaration des droits de 1793, rédigée conjointement par Girondins et Montagnards (essentiellement par Condorcet et par Robespierre), proclame les droits naturels que sont « l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété ».

Ces droits sont issus des thèses de John Locke, http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b8/John_Locke.jpg/250px-John_Locke.jpgpère du libéralisme moderne, qui définissait le droit de propriété comme englobant « la vie, la liberté, les biens », y compris la faculté d’accumuler les richesses et d’en jouir ; mais qui affirmait aussi l’égalité naturelle et le « droit égal à la liberté », impliquant, selon le principe de réciprocité, le devoir de respecter le droit de l’autre à la liberté. Comme le note Amartya Sen, théoricien de l’utilitarisme anglo-américain, l’égalité est non seulement une caractéristique essentielle des conceptions libérales d’organisation sociale (liberté égale pour tous, considération égale pour tous), mais l’opposition entre liberté et égalité est factice et inexacte, la liberté étant parmi les champs d’application possibles de l’égalité et l’égalité parmi les schémas de distribution possibles de la liberté.

Ni laisser-faire ni dirigisme

SI la Déclaration des droits de 1793, à l’inverse de celle de 1789, fait précéder la liberté par l’égalité, c’est qu’un obstacle économique s’oppose à la réalisation des droits réciproques, celui de la pauvreté ; et qu’un seuil est postulé à partir duquel l’égalité revêt un sens, celui du minimum vital. Dans la mesure où être pauvre consiste non seulement à manquer de pain, mais surtout, comme le voudrait Amartya Sen, à « être privé de liberté », le bien-être équivaut à la faculté d’en jouir. Or, la Déclaration de 1793, à son article premier, qui décrit le but de la société comme étant le « bonheur commun », soutient que le gouvernement est institué pour « garantir à l’homme la jouissance » de ses droits. C’est le préalable social, qui doit permettre aux plus démunis de franchir le seuil opérant des droits de l’homme et d’accéder, dans le langage de Robespierre, à la « pauvreté honorable ».

La déclaration jacobine, affichée dans les lieux publics pendant toute la durée de la Terreur, ne vise assurément ni le nivellement absolu ni la communauté des biens. Elle s’inscrit dans le contexte d’une économie de marché précapitaliste fondée sur la propriété privée, et cherche à concilier liberté et égalité grâce au ciment de la fraternité : Robespierre n’est-il pas le premier, dès 1790, à demander que ces trois mots figurent ensemble sur les drapeaux des gardes nationales ? Projet de société qui se réclame d’une « famille de frères », où chacun trouve sa place, l’assurance d’être nourri, vêtu et logé, voire d’obtenir son lopin à cultiver, et où chacun est appelé à apporter, selon ses forces et ses capacités, une contribution par définition inégale au bien commun. Projet de justice distributive, qui favorise l’équité plutôt que la stricte égalité. Car l’équité ne conseille ni l’accaparement ni la privation, mais le partage - les inégalités qui subsistent ne lésant personne et, conformément aux deux principes de justice proposés par le philosophe américain John Rawls, contribuant à terme au « bonheur commun » (3).

http://www.harvardsquarelibrary.org/HarvardPressBooks/images/images-politics-law/rawls.jpg

Un tel idéal, qui laisse rêveur en cette fin du XXe siècle, a connu une longue gestation à l’époque des Lumières, mais ses origines restent en partie voilées. D’une part se développe en France un égalitarisme à l’antique qui condamne le luxe dans la lignée des Vies de Plutarque et du Télémaque de Fénelon, et qui sera exploité par Montesquieu, Rousseau et Mably. Mais parallèlement, à la suite de Locke, les économistes français préclassiques de la première moitié du XVIIIe siècle élaborent à leur manière un projet humaniste libéral de cohésion sociale fondé sur l’égalité naturelle. Au développement de ce libéralisme égalitaire spécifiquement français, qui s’oppose tant au mercantilisme qu’à la tendance libérale classique débouchant sur le capitalisme, participent des esprits de marque, tels Boisguilbert, John Law, Melon, Vincent de Gournay et Véron de Forbonnais.

Quels en sont les traits saillants ? Affirmation du droit égal à la liberté et à la propriété ; rôle central attribué à la chaîne solidaire des besoins réciproques et des échanges marchands ; valorisation de la classe des petits producteurs (paysans, artisans, ouvriers compagnons) et de leur contribution à la prospérité générale ; rôle significatif dévolu à l’Etat « tuteur de la grande famille », qui veille à l’équilibre de la répartition et à l’harmonie sociale. La « société bien policée » voulue par ces libéraux est à égale distance du laisser-faire débridé et du dirigisme : modérément interventionniste, elle annonce plutôt une économie gérée de modèle « keynésien » !

Mais à celle-ci s’oppose à partir de 1758 le grand mouvement physiocratique en plein essor, qui privilégie l’enrichissement centré sur le capitalisme agraire, la libre concurrence, l’élimination du corporatisme, une fiscalité simplifiée. Dans l’histoire économique, l’engouement pour la thèse des physiocrates, relayée et partiellement appliquée par Turgot,L'image “http://cepa.newschool.edu/het/profiles/image/turgot.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs. aura pour effet d’éclipser celle des libéraux égalitaires. Ces derniers font pourtant valoir qu’économie et morale ne sont pas antagonistes si l’on conçoit la richesse non pas comme paramètre quantitatif à maximiser, mais comme le fruit de l’équilibre économique et social. C’est ainsi que le chevalier de Jaucourt et le receveur général Graslin militent en faveur de l’impôt progressif comme instrument de justice fiscale, et que Necker s’oppose à Turgot en 1775 dans la querelle sur la liberté du commerce des grains : Necker interventionniste, défenseur des petits consommateurs et apôtre de l’ « harmonie générale », précurseur à sa manière des Jacobins !

Ceux-ci reprennent à leur compte les préoccupations économiques des Lumières. Entre Girondins et Montagnards, le fossé est moins profond qu’on l’a dit : par exemple, les uns et les autres sont favorables à l’impôt progressif sur le revenu. Mais, lors du grand débat de l’automne 1792 sur la libre circulation des grains, c’est l’affrontement. Face à Vergniaud et à Creuzé- Latouche, qui préconisent la « liberté illimitée », Robespierre vient défendre le « droit à l’existence ». Faisant écho à Rousseau, qui affirmait que dans l’état de nature « les fruits sont à tous, et la terre n’est à personne », Robespierre souligne que la propriété ne peut jamais être en opposition avec la subsistance des hommes, celle-ci étant un droit « aussi sacré que la vie elle-même ». C’est affirmer, face à l’économie de marché, la thèse de l’ « économie morale ». Thèse défendue aussi par le jeune Saint-Just, qui a du mal à concilier les théories d’Adam Smith,http://www.library.hbs.edu/hc/collections/kress/kress_img/adam_smith2.jpg selon lequel le libre jeu de l’intérêt serait le principal critère de l’action économique, avec le triste constat que « les hommes durs, qui ne vivent que pour eux », portent gravement atteinte à l’ « harmonie sociale ». Prise de position significative de la part de libéraux qui refusent de confondre intérêt personnel et égoïsme.

Mais, si les Jacobins s’opposent à l’accumulation immodérée des biens matériels, ce n’est pas pour revendiquer la loi agraire. Tout au long de sa carrière politique, Robespierre, champion des sans-culottes, a défendu le droit de propriété, surtout celui des petites gens, des travailleurs manuels, dont le « modique salaire » et les « petites épargnes » constituent des propriétés « d’autant plus sacrées » que « l’intérêt à la conservation de sa chose est proportionné à la modicité de sa fortune ». Ses préventions contre la montée des richesses et le grand capital ne l’empêchent pas d’affirmer une conception de la propriété identique à celles de Locke et de Smith, à une condition près : que la liberté d’appropriation ne puisse s’exercer aux dépens de ceux qui en sont dépourvus. Robespierre n’affiche-t-il pas son libéralisme, et son humanisme, en affirmant que, si tous les riches se comportaient comme les « économes de la société » et comme les « frères du pauvre », on pourrait ne reconnaître « d’autre loi que la liberté la plus illimitée » ?

photo of Professor Gough


Vaste enquête entreprise à l’université Paris-I, sous la houlette de Michel Biard, le bilan de l’action des représentants en mission dans les provinces françaises permettra à terme d’éclairer la pratique faite en l’an II de ce libéralisme jacobin de répartition. D’ores et déjà il s’avère que les députés se distinguent majoritairement non par leur intolérance, mais par leur souci d’équité. Montagnards centristes ou députés de la Plaine, parfois sympathisants de la Gironde proscrite, ils appliquent la Terreur avec mesure (Auxerrois, Marche, Limousin, Périgord, Angoumois, Agenais) et pratiquent la réconciliation, ex-nobles et fédéralistes repentis étant invités à réintégrer la famille républicaine à orientation pluraliste.

Certes la justice distributive est à l’ordre du jour, mais elle est relative : rationnement alimentaire ; réforme agraire sans expropriation, axée sur la propriété utile ; levée de taxes révolutionnaires à caractère progressif ; enseignement primaire pour garçons et filles ; formation ouvrière, vulgarisation agronomique ; ébauche de l’Etat-providence. Ce programme, mis à l’essai sur le terrain, visait à créer une démocratie de petits propriétaires et de travailleurs indépendants, où régneraient l’égalité des droits et l’égalité des chances (même au féminin !). Sans doute fut-il d’application inégale et éphémère ; mais il laissa dans la mémoire collective des contrées où il fut amorcé, tels les pays du Sud-Ouest, une résonance qui se prolongea au long du XIXe siècle.

Jean Jaurès, originaire de ce coin de France, reprochait cependant aux Jacobins d’avoir voulu faire vivre le peuple français « à bon marché ». A ses yeux, l’idéal spartiate de Robespierre excluait à la fois le communisme et la richesse, celle-ci étant tolérée en fait comme « une fâcheuse nécessité ». Jaurès repoussait cette vue pessimiste des rapports économiques : le travail toujours assuré, si seulement on est tempérant ! Il récusait la notion de « pauvreté honorable » et celle de l’égalité morale qui la sous-tend comme destinées à perpétuer l’inégalité sociale en flattant la fierté du pauvre et la complaisance du riche, le problème social étant ainsi « singulièrement allégé ». Plus perspicace que Mathiez, il flairait chez les Jacobins un sérieux manque de fibre socialiste !

Mais que visait Jean Jaurès au juste ? Face à l’essor du capitalisme, ne nourrissait-il pas le dessein (en 1896) de « changer la forme même, la nature même de la propriété » ? Or Robespierre et ses amis avaient renoncé sans équivoque à la communauté des biens, qui était à leurs yeux une « chimère » préjudiciable aux libertés individuelles : « Comme s’il était un seul homme doué de quelque industrie dont l’intérêt ne fût contrarié par ce projet extravagant. » Aussi préconisaient-ils une « révolution du pauvre, douce et paisible, révolution qui s’opère sans alarmer la propriété et sans offenser la justice ».

L’idéal jacobin, débarrassé de sa gangue, apparaît ainsi fidèle à lui-même : à la fois consécration de l’individualisme bourgeois, critiqué par Marx mais prôné par Tocqueville, et validation du préalable social, critiqué par TocquevilleL'image “http://www.memo.fr/Media/Tocqueville.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs. mais prôné par Jaurès : seul l’amalgame de ces deux conditions pouvant assurer le bonheur de la société. Depuis le bicentenaire, nombre d’historiens, de part et d’autre de l’Atlantique, commencent à remettre en cause une lecture du jacobinisme qui se plaît à y détecter une vision utopiste, une fuite en avant ou une dérive totalitariste, au détriment de ses réalisations démocratiques et égalitaires.

Ils y découvrent un projet de société fondé sur la justice et la réciprocité, une « grande famille » où le droit à l’existence est assuré au même titre que le droit à l’épanouissement, et où l’esprit de partage l’emporte sur les antagonismes de classes : projet inattendu et, à n’en pas douter, résolument moderne.

Jean-Pierre Gross.


1) Luc Ferry et Alain Renaut, Philosophie politique 3 : des droits de l’homme à l’idée républicaine, Presses universitaires de France, Paris, 1985, p. 37. (2) François Furet et Mona Ozouf, articles « Terreur » et « Egalité », Dictionnaire critique de la Révolution française, 2e édition, Flammarion, Paris, 1992.

3) John Rawls, « Justice as Fairness », Philosophical Review, New York, no 67, avril 1958, pp. 164-194 ; John Rawls, Théorie de la justice, Le Seuil, Paris, 1987 ; et Libéralisme politique, Presses universitaires de France, Paris, 1995.

par Alain Genestine
Vendredi 13 juillet 2007